Enquête : Plongée dans la triche à l’IA aux examens français
Alors que le bac 2026 bat son plein, une enquête de terrain révèle une réalité inquiétante : l’intelligence artificielle a industrialisé la fraude scolaire. Entre témoignages anonymes de lycéens, confessions d’enseignants et chiffres officiels, voici comment ça se passe vraiment dans les salles d’examen et les salles des profs en France.
Dans la salle : les techniques du quotidien
« On demande une deuxième feuille de brouillon, on la plie, après on la cache. On attend la première heure, après on va aux toilettes. On demande à ChatGPT de faire l’exercice, et voilà. »
Ce témoignage brut, recueilli par Franceinfo auprès d’un lycéen à la sortie d’une épreuve, résume la nouvelle normalité.
La méthode du « deuxième téléphone » :
Un élève de première explique au Parisien : un ami dépose un vieux téléphone (éteint) sur le bureau du surveillant en entrant. Il garde le sien dans la poche. Pendant l’épreuve, il photographie discrètement le sujet et interroge l’IA : « Rédige un plan détaillé + développement pour ce sujet de philo ». Résultat : un 17/20 sans trop d’effort.
Les accessoires high-tech :
Lunettes connectées (Ray-Ban Meta ou clones chinois), oreillettes invisibles, montres connectées. L’élève filme le sujet d’un regard, l’IA analyse et dicte les réponses dans l’oreille ou affiche sur le verre. Des pratiques encore marginales en France mais en forte hausse, inspirées des réseaux démantelés en Asie.
Au contrôle continu et à la maison :
Beaucoup plus massif. Tristan Brams, professeur de SES et syndicaliste CFDT, constate que les élèves utilisent « presque exclusivement » l’IA pour les devoirs : « Ils collent le sujet et demandent une copie prête à rendre. » Amélie Hart, prof d’histoire-géo à Dijon, a purement arrêté de donner des devoirs maison à cause de ça.
Le point de vue des profs : suspicion généralisée
« C’est devenu tellement simple. » Les enseignants interrogés par Le Figaro et La Dépêche décrivent un climat de défiance. Lucas Markarian, prof de maths à Marseille, a trouvé une parade : quand une copie lui semble suspecte (style trop fluide, vocabulaire inhabituel), il fait passer l’élève au tableau pour refaire la démonstration. « S’il en est incapable, c’est clair. »
Sophie Vénétitay (SNES-FSU) alerte : « La suspicion permanente change notre rapport aux élèves. » Les copies au style parfait, sans rature, avec une structure impeccable, éveillent les doutes. Mais sans preuve irréfutable (les détecteurs d’IA sont déconseillés par le ministère car peu fiables), beaucoup se contentent d’une note moyenne.
Les chiffres et les sanctions : une répression qui s’intensifie
En 2025, 1 208 cas de fraude ont été recensés au bac, en hausse de plus de 20 %. Parmi les cas poursuivis, 8,5 % impliquaient explicitement l’IA, mais les nouvelles technologies (téléphones, montres, etc.) représentent plus de la moitié des fraudes.
Exemples concrets de sanctions :
- À Hyères (Var, 2025) : un lycéen surpris avec ChatGPT pendant l’épreuve de français reçoit un 0/20 et une interdiction d’examen pendant un an (certains cas vont jusqu’à 5 ans).
- Universités : dizaines d’étudiants sanctionnés en 2025-2026 (blâmes, invalidation d’UE, exclusions temporaires). Un décret de février 2026 permet désormais des poursuites même après correction des copies.
- Risque pénal : jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 € d’amende pour faux et usage de faux ; plus lourd en cas d’usurpation d’identité.
Malgré cela, une étude Ipsos révèle que plus de la moitié des 18-25 ans ont déjà utilisé l’IA pour un examen ou devoir noté.
Au cœur du problème : une génération qui a grandi avec l’IA
Pour beaucoup d’élèves, ce n’est même plus vu comme de la « triche » classique, mais comme un outil comme un autre. Valentin, étudiant en troisième année post-bac, observe : « Pendant les partiels, j’en ai vu prendre le sujet en photo, mettre leur téléphone sur la cuisse et s’en sortir avec un 17/20. »
Les profs comme Florent Maugè (Toulouse) s’inquiètent pour la formation réelle : « Déléguer tout à l’IA pose une difficulté majeure en matière de construction des savoirs. »
Cette enquête montre une fracture : d’un côté, une technologie qui démocratise l’accès à des réponses parfaites ; de l’autre, un système d’évaluation qui peine à s’adapter et renforce la répression.
L’Éducation nationale mise sur plus d’oraux, des sujets axés sur le raisonnement personnel et des détecteurs d’ondes. Mais la course entre tricheurs et surveillants est lancée.